Thomas Patris est bien connu des lecteurs de « Batteur Magazine ».
Nous vous avons souvent parlé de ce soliste virtuose au travers
d’articles et d’interviews. Peut-être serez-vous étonnés
d’apprendre que ce musicien hors du commun se consacre également
à la pédagogie depuis plus de vingt ans ...
Une interview qui ne fera sans doute pas plaisir à tout le monde,
mais comme le dit Thomas lui-même :
« Pas de musique sans honnêteté et sans exigence. »
Que représente pour toi l’enseignement ?
Avant tout, une qualité de relation, le désir de transmettre mes
connaissances et le plaisir de partager ma passion. Soyons clairs : je
n’ai rien à voir avec une école. La formule que j’ai
choisie depuis le début se présente sous la forme exclusive
de cours particuliers. Formule à la durée variable, selon
le niveau, la motivation, l'aptitude ou la disponibilité de chacun.
J’ai par exemple des élèves qui viennent de province
; pour eux, je bloque souvent plusieurs heures de suite, mais en général,
mes cours durent une heure.
Que reproches-tu aux écoles ?
Je déplore la légèreté et l’irresponsabilité
(quand elles ne sont pas doublées d’in compétence)
de certaines écoles ou autres structures à vocation soi-disant
« pédagogique » ; en effet, je mesure l’étendue
des dégâts lorsque j’ai l’occasion de faire partie
d’un jury ou tout simplement quand des élèves s’adressent
à moi après une expérience négative. Les cours
réguliers systématiquement collectifs sont à mes
yeux un non-sens car ils standardisent l’enseignement ; la spécificité
de chacun n’y est pas respectée. L’argument qui prétend
les justifier, selon lequel une émulation se crée entre
les participants est sans fondement. La vraie motivation musicale est
interne ; notre rôle est bien sûr de l’aider à
évoluer avec harmonie, mais je ne vois pas le rapport entre musique
et compétition ! Beaucoup de mes élèves se connaissent
et se rencontrent. J'anime aussi des master classes où le travail
collectif ponctuel prend tout son sens.
Crois-tu que la pédagogie
dans son ensemble ait fait malgré tout des progrès au cours
de ces dernières années ?
Il me semble évident que la vidéo, l’informatique musicale
et Internet ont transformé l'approche du musicien et du pédagogue
: le travail sur séquences permet par exemple d’aborder la
mise en place de façon plus attractive qu’avec un simple
métronome ; les vidéos offrent la possibilité de découvrir
ou d’analyser le jeu d’autres musiciens ; Internet est à
lui seul une mine d’informations diverses. Mais là encore,
restons vigilants : c’est la forme qui a changé, pas le fond.
Rien ne pourra jamais éviter à l’élève
de se retrouver seul face à un instrument qui reflète ses
peurs, ses doutes et ses découragements, tel un miroir. Tous ces
sentiments sont essentiels à une maturation musicale profonde.
Il y a plus de professeurs et plus de moyens, mais la quantité
n’a jamais été synonyme de qualité.
Parle-nous concrètement de ton concept pédagogique.
Pour commencer, nous travaillons sur la conscience : la tenue, la respiration
et le positionnement au cœur de l’instrument. Ensuite, nous
abordons une série d’échauffements que je conseille
de pratiquer quotidiennement pour le corps en général, les
poignets et les chevilles en particulier. Pour la caisse claire et les
pédales, j’ai mis au point une technique qui libère
les poignets de l’inertie des baguettes et les chevilles du poids
des jambes. On peut ainsi contrôler tous les types de nuances, quel
que soit le tempo. Nous travaillons coordination, ambidextrie et indépendance,
toutes indispensables à une bonne maîtrise de l’instrument, avec le plus
grand soin. J’insiste également sur la qualité du
phrasé, l’articulation et la rigueur des nuances si souvent
négligées ainsi que sur tous les aspects mélodiques
et polyrythmiques.
Quelles méthodes utilises-tu ?
« Bien débuter la batterie » , les solfèges rythmiques
de Dante Agostini , quelques méthodes américaines sélectionnées
(il y a tellement d’ouvrages inutiles) et beaucoup d’exercices
ou de morceaux personnels.
Mes élèves bénéficient également des équipements
très professionnels de mon studio : jeu sur mon set personnel dans
un espace insonorisé à l’acoustique caractéristique
(élaborée par Pierre Jacquot), possibilité de prise
de son en seize pistes « Direct to Disk » avec Logic Pro
sur Power Mac G5, travail sur séquences. Je forme également
nombre de mes élèves aux techniques de l’informatique
musicale. J’essaie avant tout de leur apprendre comment travailler
par eux-mêmes afin de les rendre autonomes dans leur démarche
musicale. C’est une grande responsabilité et un défi permanent.
Propos recueillis par Alain Gozzo